Un Cadavre Exquis


Coécrit fièrement par Adrien Foglia et Mathieu Phan

Elle n’avait aucune idée de quoi Elize était capable.

Elle réussit à sourire tant bien que mal pour garder son attention pendant qu’elle s’affairait à récupérer son petit pistolet caché dans sa jarretière.

Elle ne voulait pas la tuer (elle en était incapable de toute façon), juste la blesser.

Épisode 10

-

Sur le départ

Alors que la tension était à son paroxysme, quelqu’un toussa derrière elles : Ansem.

« Mesdemoiselles, mesdemoiselles, allons clama-t-il d’une voix mielleuse, les bras ouverts, appelant ainsi à l’apaisement.

Conservez votre hargne pour la mission que je vous ai confiée. De plus, je ne tolérerai aucune goutte de sang sur les précieux tapis de ma demeure. »

D’un geste vif, Elize rangea son coutelas, sans manquer d’adresser un dernier regard oblique à Tess.

La Dame Lancaster avait un tempérament de feu ; et elle ne manquerait aucune occasion pour réduire tout obstacle présent sur son chemin à l’état de cendres.

Tess nota qu’elle devrait redoubler de méfiance à son égard. Elize reprit son regard d’ange et sa voix doucereuse.

« Maître, les chevaux sont harnachés, et le cocher fin prêt à nous conduire à La Culbute, dit-elle en allumant une énième cigarette, nous serons sur place dans l’heure. »

Ansem hocha brièvement la tête, une lueur de surprise dans les yeux, lueur s’expliquant plus par le fait que les deux femmes soient encore là plutôt que par le calme soudain qu’avait retrouvé Elize.

Il les invita à prendre la porte de sa main mécanique, dans un cliquetis sonore.

« Mesdemoiselles. » Dit-il en guise d’au revoir, en les abandonnant sur le seuil de la porte.

Tess l’observa s’éloigner, et prendre la direction de la cave. En six mois, elle n’y avait eu accès qu’une seule fois et l’avait amèrement regretté.

Son côté aventureux l’avait conduite jusque dans l’antichambre du sous-sol de l’Alexandretta, où elle n’avait entendu que des cris rauques et les échos de souffrance des résidents.

Un Ansem fou de rage l’avait reconduite au rez de chaussée et lui avait promis que la prochaine fois qu’elle descendrait à la cave sans permission, elle y séjournerait pour de bon.

« Fini de rêvasser, trésor ? lança Elize, afin de s’assurer de capter l’attention de son équipière.

Je vais tâcher de t’expliquer quelques règles protocolaires qui t’auront sûrement échappées : quand nous serons là-bas, ne me parle pas, ne me regarde pas, et surtout, ne fais rien que tu puisses regretter, dans cette réalité ou dans une autre.

Comme tu maîtrises l’art de faire des courbettes, et de te servir de ton minois plutôt que de ta cervelle, tu plairas très certainement au Baron.

Il se montrera peut-être plus loquace, qui sait ? Oh, d’ailleurs, pour nous, le Baron s’appelle « Sir » ; et son bon goût est in-di-scu-table, compris ? »

« Je suis surprise que le protocole te tienne tant à cœur, toi qui étais partante pour égorger le Baron il n'y a pas vingt minutes. »

« Je ne fais que te donner des conseils pour parfaire tes talents de pimbêche.

Qu’ils te plaisent ou non me fait ni chaud ni froid. »

Tess hocha la tête, sans accorder le moindre regard à sa comparse. La nuit s’annonçait pénible.

La simple idée qu’un autre caïd de la criminalité puisse être aussi pointilleux que son hôte sur les manières -et posséder un égo tout aussi surdimensionné- la mortifiait.

Elle manquait d’alliés, ou simplement d’un entourage sain d’esprit.

Accédant à l’espace réservé aux passagers de la calèche, Elize commanda au cocher de les conduire à destination d’une voix traînante.

Un coup de fouet retentit, et les chevaux s’engagèrent sur la grande route pavée qui séparait le manoir des autres quartiers de la capitale.

Récapitulant mentalement les instructions d’Elize, Tess s’autorisa une question :

« Si c’est moi qui vais négocier avec le Baron, pourquoi m’accompagnes-tu, outre le fait que ton Maître te l’ait expressément demandé ? »

Elize lui renvoya un sourire goguenard, empli de satisfaction :

« Pour assurer ta protection, trésor. »

Tess retint un commentaire qu’elle aurait voulu caustique, mais elle en avait déjà assez fait tout à l’heure et ne voulait pas perdre plus de temps.

Après tout, elle avait une mission à accomplir. Elle voulut faire à Elize un sourire blessé pour lui faire comprendre qu’elle avait gagné mais n’eut pas beaucoup à se forcer.

« Pressez-vous mon chou, somma-t-elle au cocher, en reprenant son ton à la fois charmeur et cajoleur, nous n’avons pas toute la nuit ! »

« Bien m’dame Lancaster, tout de suite m’dame Lancaster. »

Ils quittèrent le domaine du manoir Alexandretta à vive allure en direction des quartiers du Baron. Sur le chemin, Elize ne semblait pas d’humeur prolixe et Tess en fut soulagée.

Depuis qu’elle était au service d’Ansem, elle chérissait ces instants de calme.

Ce qu’Elize et Ansem ignoraient, c’est qu’elle avait déjà eu l'occasion de rencontrer le Baron alors qu'il n'était qu'un petit industriel.

Elle attendait avec impatience cette entrevue qui lui permettrait certainement de fausser compagnie à mégalomane et à sa clique de tordus.

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Un Cadavre Exquis - Épisode 10

by phanmathieu

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Public - 9/27/16, 8:46 PM