Un Cadavre Exquis


Coécrit fièrement par Adrien Foglia et Mathieu Phan

« Pour répondre à votre question, dit-il en se servant un verre de grand cru, oui, je vais déclarer la guerre à cette outre de stupre débordante de mauvais vin.

Et non, ce ne sera pas comme les précédentes fois, cette fois ci je vais mettre ma menace à exécution. Il ne s’est que trop longtemps joué de moi.

Mais avant tout, et étant donné que je n’en reste pas moins un gentleman avec un code d’honneur, je vais lui accorder une dernière chance de me rendre mon bien. C’est pourquoi j’aimerais-


– Bartholomew s’il vous plaît, dit-il en claquant des doigts –

-que vous lui remettiez une missive de ma part. »

Épisode 8

-

La Missive

Tess sursauta : Bartholomew lui tendait une plume, un encrier et quelques feuilles de papier. Elle ne l’avait pas entendu arriver.

« Prenez note je vous prie, continua Ansem en s’éclaircissant la gorge :

Cher Pourceau putride et repoussant, je vous félicite d’avoir réussi à ménager le peu de cervelle non attaqué par les produits ménagers que vous ingurgitez et que vous osez appeler vin.

Malgré cela, sachez que l’envie de vous arracher les membres puis de vous battre avec est actuellement omniprésente dans mon brillant intellect.

Je vous somme de me retourner le bien inestimable que vous m’avez dérobé, car j’estime que vos compétences cognitives sont si navrantes que vous ne comprendriez même pas la valeur de ce trésor.

Je vous laisse donc jusqu’à l’aube, pour remettre à mes deux ambassadrices ici présentes ce que vous m’avez dérobé. Puissiez-vous mourir dans votre fange, Ansem Laurent ».

Tess écrivait en même temps, transformant le texte original :

Cher Baron, je souhaite vous témoigner mon mécontentement suite à votre comportement inqualifiable.

Sachez que je ne saurai tolérer de tels agissements de votre part.

Je vous laisse jusqu’aux premières lueurs du jour pour remettre à mes deux ambassadrices ce que vous m’avez volé, sans quoi je me verrai dans l’obligation de le reprendre par la force. Bien à vous, Ansem Laurent.

« Et c’est moi qui doit lui porter ? » s’enquit Tess, une nuance d’inquiétude dans la voix.

« J’insiste sur ce point, peut-être arriverez-vous enfin à vous rendre utile. Vous accompagnerez cette effrontée d’Elize, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »

« Et quand devrais-je m’acquitter de cette tâche, ô combien déterminante pour l’accomplissement de vos desseins ? lança Tess, les sourcils arqués, souriant de toutes ses dents, confiant ainsi à son interlocuteur tant sa surprise que sa crispation. Et pourquoi ne pas demander à Elize de s’en charger seule ? »

Ansem lui fit signe de patienter, se refusant visiblement à parler la bouche pleine.

Il acheva sa bouchée de poisson, prit une gorgée de vin, et passa brièvement sa serviette contre ses lèvres.


Tess savait qu’il prenait un malin plaisir à la faire languir, et s’efforça tant bien que mal de ne pas entrer dans son jeu en trahissant son agacement par une marque quelconque d’impatience.

Après une poignée de secondes qui lui semblèrent interminables, la messagère improvisée put entendre un semblant de réponse :

« Elize perd facilement son sang-froid, se contenta-t-il de rétorquer. Et Mori est occupé à donner une sépulture digne de ce nom à Numéro 24. J’ose espérer que le suivant sera moins insolent, on n’entre pas à mon service en faisant des plaisanteries douteuses. »

Il avala une nouvelle bouchée de poisson, dégustant lentement avec le raffinement d’un fin gourmet. Tess s’était toujours interrogée sur le fait qu’Ansem mettait un point d’honneur à tout cuisiner lui-même, et ce malgré son nombre incalculable de larbins.

En outre, que ce soit la paranoïa ou l’amour qu’il porte à la cuisine qui le pousse à agir ainsi, ses plats étaient toujours excellents.

Tess conserva son sourire figé, agitant machinalement la tête pour inviter son hôte à poursuivre, la question ayant été complètement éludée.

S’en suivit le même rituel qui avait précédé la première prise de parole du Seigneur d’Alexandretta.

« Vous partirez en calèche une fois que vous aurez eu la politesse de finir votre assiette, Miss Palmer. Le sac-à-viande est un oiseau de nuit, et l’idée de perturber l’une de ses pitoyables orgies m’est agréable.

Vous lui porterez ce message, en précisant bien que je veux récupérer mon dû dans l’état même où il l’a trouvé. »

L’espace d’un instant, Tess voulu interroger Ansem quant aux tenants et aboutissants de la récupération d’un cadavre en décomposition, mais se rappela qu’il pouvait être risqué de se mêler des affaires privées de son hôte.

Elle aurait aimé pouvoir enfouir sa personnalité au fin fond de son esprit, pour mieux la laisser exhaler lorsque le moment serait venu de reprendre le contrôle, et de faire tomber tous ces détraqués.

Se laissant aller à la rêverie du jour où elle retrouverait sa liberté, elle tenta de reprendre pied avec la réalité en adressant un hochement de tête à Ansem, répondant à la va-vite :

« Très bien, j’accepte cette mission » dit-elle, avant de réaliser l’absurdité de sa réponse.

Elle n’y coupa pas. Ansem la regarda avec étonnement, puis réprouva un léger ricanement.

« De l’humour de gratte-papier, je présume, comme si vous aviez le choix ; -il soupira- disparaissez à présent, je tiens à connaître la réponse du demeuré congénital avant l’aube.

Si vous n’êtes pas de retour d’ici là, je prendrai moi-même le soin de réaménager le paysage de cette glorieuse cité en rayant son pitoyable territoire de la carte.

Hors d’ici, vous dis-je ! »

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Un Cadavre Exquis - Épisode 8

by phanmathieu

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Public - 9/7/16, 7:42 AM